Stupeur et Tremblements, d’Amélie Nothomb

Je viens de lire le court roman de madame Nothomb. Il fait à peine trente mille mots, si je peux en croire le fichier que j’ai trouvé sur Internet, ainsi à mon avis ce roman est plutôt une nouvelle, pourtant qui suis-je pour contredire sa classification dans l’archive d’Albin Michel ? Il est aussi appelé “roman” et non pas “autofiction”, en plus. Il n’y a que quelques semaines que j’ai décidé de le lire. Je suis conscient de la réputation de madame Nothomb dans le monde francophone, la liste de prix qu’elle a gagnés est un fort indice de sa puissance littéraire. Moi même, j’en ai déjà entendu parler.

INFORMATIONS

Titre : Stupeur et Tremblements

Auteure : Amélie Nothomb

Éditeur : Albin Michel / 1999

Pages : 186

Résumé : Au début des années 1990, la narratrice est embauchée par Yumimoto, une puissante firme japonaise. Elle va découvrir à ses dépens l’implacable rigueur de l’autorité d’entreprise, en même temps que les codes de conduite, incompréhensibles au profane, qui gouvernent la vie sociale au pays du Soleil levant.

D’erreur en maladresses et en échecs, commence alors pour elle, comme dans un mauvais rêve, la descente inexorable dans les degrés de la hiérarchie, jusqu’au rang de la surveillante des toilettes, celui de l’humiliation dernière. Une course absurde vers l’abîme – image de la vie -, où l’humour percutant d’Amélie Nothomb fait mouche à chaque ligne

En effet, j’ai déjà étudié une partie de ce livre. Nothomb est si connue qu’elle est arrivée au Brésil. Dans mon cours de français, on a lu et discuté quelques extraits d’œuvres littéraires francophones. Il est bien possible que Stupeur et Tremblements aie été le premier livre de notre journée de lecture. Cependant, je n’ai pas assez apprécié la simplicité et l’humour du style d’Amélie Nothomb. L’épisode dont il s’agit était l’introduction de Mademoiselle Mori par la narratrice. Il n’était pas mal écrit, mais il ne m’a pas assez plu. Curieusement, la partie la plus intéressante pour moi a été l’ouverture, où les écrivains souffrent le plus, si je peux en croire en mes expériences littéraires. En premier, j’ai aimé les paragraphes au tout début du texte :

Monsieur Haneda était le supérieur de monsieur Omochi, qui était le supérieur de monsieur Saito, qui était le supérieur de mademoiselle Mori, qui était ma supérieure. Et moi, je n’étais la supérieure de personne.

On pourrait dire les choses autrement. J’étais aux ordres de mademoiselle Mori, qui était aux ordres de monsieur Saito, et ainsi de suite, avec cette précision que les ordres pouvaient, en aval, sauter les échelons hiérarchiques.

Donc, dans la compagnie Yumimoto, j’étais aux ordres de tout le monde.

En lisant ces trois premiers paragraphes, on n’a à faire qu’admirer le style de Nothomb. Cette façon d’écrire persiste tout au long du livre, doué d’un humour raffiné. En second, il y a la partie qui m’a fait acheter ce roman après seulement une conférence : l’écriture de la lettre à Adam Johnson.

Dans son entreprise, la narratrice a besoin d’écrire une lettre à quelqu’un qu’elle ne connaît pas. Après avoir demandé des précisions sur cette personne à son patron, il était si stupéfié qu’elle ne le connaisse pas qu’il ne lui a pas répondu. La narratrice tente plusieurs tentatives d’écriture, mais son patron déchire toutes ses lettres. Et c’est alors que Nothomb écrit ce que je trouve de meilleur dans la littérature mondiale :

J’explorais des catégories grammaticales en mutation : « Et si Adam Johnson devenait le verbe, dimanche prochain le sujet, jouer au golf le complément d’objet et monsieur Saito l’adverbe ? Dimanche prochain accepte avec joie de venir Adamjohnsoner un jouer au golf monsieurSaitoment. Et pan dans l’œil d’Aristote !»

C’est en lisant ce livre que j’ai passé mon Noël, comme peut le confirmer ma professeure de français, qui a reçu des questions grammaticales d’un étudiant comme cadeau. Je ne suis pas déçu, je ne pouvais pas être en meilleure compagnie. La comédie qu’essuie notre héroïne et sa façon de nous la raconter m’a beaucoup plu.

J’ai dit que le roman est beaucoup plus proche d’une nouvelle. Soit vous êtes d’accord, soit pas du tout, je ne le dis pas parce qu’il s’agit d’un défaut. En fait, je pense que la maigreur du texte est l’un de ces attraits : cela veut dire qu’on peut le lire très vite, oui, mais on y a aussi l’expertise littéraire. Or, il faut savoir écrire pour raconter une histoire en 500 pages, mais il faut maîtriser sa langue pour qu’on puisse la raconter en moins de 200. C’est ce savoir-faire d’écrivain qu’Amélie Nothomb emploie dans son œuvre. En dehors quelques parties, ce roman est concis et il y a peu d’excès (l’épisode de la nuit blanche me vient à l’esprit).

Il faut l’avouer, j’ai été très mal à l’aise pendant quelques parties de ce récit. La description de la narratrice du vice-président et quelques-unes de ses interactions ne sont rien de moins que fat-shaming, soit-il obèse ou non, et c’est moi qui le dit, donc on peut bien croire que c’était très évident. Je pense qu’il y a déjà plein de choses à critiquer chez monsieur Omochi, son goût pour des chocolats de Mars n’est pas aussi important que son comportement abusif contre ses employés.

L’une des parties les plus choquantes pour moi, c’était le comportement de certains de ses supérieurs envers la narratrice Amélie. Y a-t-il vraiment tant de racisme et de xénophobie au Japon ? Je le croirais en Chine, mais… au Japon ? Le japonais était dans ma liste “à apprendre quand j’ai du temps”, désormais je le mets on ne peut plus bas, à la limite de la suppression. Désolé, les animés.

C’est entendu que l’histoire du récit se passe en 1990, alors il est bien possible que les mœurs aient changé depuis ce temps-là. Espérons-le.

Puisque je parlais de comportements abusifs, il faut maintenant parler de Fubuki. Après quelques pages, on apprend le véritable caractère de mademoiselle Mori. Bien sûr que la narratrice commence à la détester, cependant après tous les châtiments qu’elle subit, elle continue d’admirer sa beauté, au point de presque lui pardonner les défauts, à mon avis. En fait, c’est une chose que je déteste chez la narratrice. Il aurait dû y avoir un moment où elle ne l’aimait plus, à cause des châtiments et des injures. Je ne peux pas savoir comment cela se passe pour tout le monde, mais chez moi lorsqu’on apprend que l’intérieur de quelqu’un n’est pas le meilleur, son extérieur commence à pourrir tout de suite, peut importe son extrême beauté. Franchement, si j’étais à la place de la narratrice, le visage de Fubuki me dégoûterait.

Je pourrais classer cela comme “une faute au récit”, pourtant j’ai appris que beaucoup de gens voient dans ce livre une sorte de biographie de la vie de l’auteure. La raison va de soi : la narratrice s’appelle Amélie et, comme Nothomb, elle est née au Japon et partie en Belgique. J’ai quelques apparitions de Nothomb et il me semble qu’il est commun de lire ses personnages comme si c’était l’écrivain elle-même. Ainsi, si les choses se sont passées plus ou moins comme dans le livre, je ne peux pas me plaindre d’une erreur parfaitement humaine, car on voit toujours des choses pareilles dans la vie réelle.

Pourtant, je ne cherche pas dans la littérature une copie de la vie comme elle est, avec tous ses défauts. Si c’était ce que je voulais, je lirais des œuvres réalistes, ce que je fais, cependant beaucoup moins.


Je ne peux pas clore ce texte sans avoir critiqué la couverture de mon édition, celle que vous trouverez dans la fiche d’informations. Il s’agit d’un paratexte, mais il faut bien dire qu’elle est moche, même si je comprends la nécessité de mettre des photos des auteurs excentriques sur la couverture de leurs œuvres. C’est une édition de 1999 cependant, et je sais que les arts ont beaucoup changé. Pourtant ma compréhension n’a rien à voir avec la honte que j’ai ressenti lors de ma lecture en famille le jour de Noël. Le plaisir de lire le texte compense ce mal à l’aise, bien sûr.

Ainsi, ma dernière lecture de l’année a été l’une des meilleures, je suis très heureux d’être allé à la conférence où on a travaillé un extrait de ce livre. Sans elle, il est bien possible que je ne l’aurais jamais lu. Avec un vocabulaire pas trop difficile et ne nécessitant de rechercher que les mots que vous voulez, la lecture n’est pas très complexe pour les débutants en français. C’est un livre dont je vais me rappeler pour longtemps et c’est une auteure désormais dans ma liste d’écrivains francophones à lire.

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